Les Combrailles, situées au cœur du Massif Central, sont un véritable trésor de biodiversité encore méconnu. Pour en savoir plus sur cette région fascinante, nous avons rencontré Elise Marchand, botaniste et chargée de mission Natura 2000 au Parc Naturel Régional Livradois-Forez. Avec une thèse sur les prairies calcicoles du Massif Central à son actif et la publication d’un guide sur la flore des Combrailles, elle nous dévoile les richesses naturelles de cette région.

Q1 : Elise, vous avez publié un guide sur la flore des Combrailles. Pourquoi ce territoire vous a-t-il attiré ?

R : Je suis tombée sous le charme des Combrailles lors de mes recherches doctorales sur les prairies du Massif Central. En 2014, j’ai découvert cette région en explorant ses paysages variés et sa diversité phytogéographique exceptionnelle. Les Combrailles sont situées à l’interface de plusieurs influences climatiques : atlantique, continental et subméditerranéen. Cette mosaïque de conditions climatiques, combinée à un gradient altitudinal qui s’étend de 300 à 900 mètres, crée une multitude de microhabitats. C’est un lieu où vous pouvez observer une véritable symphonie de flores, allant des orchidées aux fougères en passant par des espèces rares et endémiques. La richesse des Combrailles m’a inspirée à documenter et à partager ces trésors végétaux à travers mon guide.

Q2 : Qu’est-ce qui caractérise la végétation des gorges de la Sioule ?

R : Les gorges de la Sioule sont un paradis pour les botanistes. On y trouve des forêts de ravins composées de frênaies-chênaies qui s’accrochent aux pentes rocheuses. Ces forêts abritent une variété de fougères, comme la fougère aigle, le polypode et la doradille, ainsi que des tilleuls bicentenaires qui dominent le paysage. Les mégaphorbiaies, ces tapis denses de grandes plantes herbacées, bordent les lisières des forêts avec des épilobes, des valérianes et de la lysimaque rouge. Les microhabitats humides, quant à eux, sont peuplés de bryophytes remarquables. Un des aspects les plus fascinants des gorges est l’effet de masque thermique, qui maintient des conditions tempérées même pendant les canicules estivales. Cela permet à une biodiversité unique de prospérer.

Q3 : Quelles orchidées trouve-t-on dans les prairies des Combrailles ?

R : Les prairies des Combrailles sont un véritable écrin pour les orchidées. On y trouve se

Illustration pt espèces principales : Dactylorhiza majalis, communément appelée orchis de mai, Dactylorhiza maculata ou orchis tacheté, l’Ophrys apifera qui ressemble à une abeille, la Platanthera bifolia ou platanthère, Neottia ovata connue sous le nom de listère, Gymnadenia conopsea appelée gymnadénie moucheron, et Anacamptis pyramidalis ou anacamptis pyramidale. Chaque espèce a sa propre saison de floraison, s’étalant généralement de mai à juillet, selon l’altitude. Pour les observer, je recommande de visiter les prairies et les pelouses sèches, mais toujours en respectant la flore en évitant la cueillette. Malheureusement, ces orchidées subissent des pressions telles que la fermeture du milieu par la lignification, qui menace leur habitat naturel.

Q4 : Vous travaillez sur la mission Natura 2000. Quelles espèces animales protège le périmètre des gorges ?

R : Le périmètre Natura 2000 des gorges de la Sioule est crucial pour la protection de nombreuses espèces inscrites à l’Annexe II de la directive Habitats. Parmi elles, le vison d’Europe, qui est une priorité de conservation, la loutre, le balbuzard pêcheur, le martin-pêcheur, le sonneur à ventre jaune, le triton alpestre, l’écrevisse à pattes blanches et la lamproie de Planer. Pour suivre ces espèces, nous utilisons divers protocoles, tels que les pièges photographiques pour les mammifères, l’électropêche pour les poissons, et les transects acoustiques pour les chauves-souris. Ces méthodes nous permettent de surveiller efficacement la santé et la dynamique des populations.

Q5 : Le vison d’Europe dans les Combrailles : c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle ?

R : C’est une bonne nouvelle, mais il y a des nuances. Le retour du vison d’Europe dans les Combrailles après une absence est un signe positif de la qualité de l’eau et de l’habitat. Cependant, avec seulement 3 à 5 individus estimés, la population est trop petite pour être viable à long terme. Les menaces sont nombreuses : le vison américain, une espèce invasive, la mortalité routière, notamment le long de la D62 qui longe la Sioule, et le drainage agricole qui impacte les ripisylves. Le programme LIFE Vison 2024-2030 vise à renforcer la population pour atteindre 50 individus sur le bassin versant. C’est un défi, mais également une opportunité pour améliorer la conservation de cette espèce menacée.

Q6 : Faut-il s’inquiéter du réchauffement

Illustration climatique pour la biodiversité des Combrailles ?

R : Oui, le réchauffement climatique est une préoccupation. Nous observons déjà des signaux d’alerte, comme la remontée altitudinale des espèces thermophiles. Par exemple, l’orchis militaire a gagné 100 mètres d’altitude en 20 ans. Les assecs estivaux plus fréquents des cours d’eau latéraux entraînent la mortalité des écrevisses, et les zones humides sur les plateaux régressent. Toutefois, les gorges de la Sioule fonctionnent comme des refuges thermiques grâce à leur effet de cuvette, ce qui protège certaines espèces. La biodiversité des Combrailles restera riche, mais elle évoluera, et nous devons être vigilants pour préserver cet équilibre fragile.

Q7 : Comment les randonneurs peuvent-ils observer la nature sans nuire ?

R : Les randonneurs peuvent profiter de la nature tout en la préservant en suivant quelques règles simples. Il est essentiel de rester sur les sentiers balisés pour éviter de piétiner la flore fragile. Ne cueillez pas les plantes, et ne photographiez pas les nids pour ne pas déranger la faune. Gardez vos chiens en laisse, surtout dans les zones humides, et signalez vos observations sur des plateformes comme iNaturalist ou Faune-Auvergne. Pour observer la faune, privilégiez les heures calmes comme l’aube et le crépuscule. Évitez de quitter les sentiers en mai et juin, période critique pour les orchidées. Ces gestes simples aident à préserver la biodiversité que vous aimez admirer.

Q8 : Un rêve de botaniste pour les Combrailles ?

R : Mon rêve serait de voir l’ensemble de la vallée de la Sioule classée en Réserve Naturelle Régionale. Cela permettrait une protection renforcée et une gestion durable des habitats. J’aimerais aussi créer un sentier botanique interprété entre Menat et Pontaumur pour sensibiliser le public à la richesse floristique de la région. Enfin, développer le tourisme scientifique pourrait transformer les Combrailles en un laboratoire à ciel ouvert, attirant étudiants et amateurs éclairés. Cette région a tant à offrir, et il est crucial de la préserver pour les générations futures.

Pour en savoir plus sur la géologie de la région, consultez géologie du Massif Central sur saintaugustin-19.fr. Découvrez également plus d’informations sur la nature en Combrailles et les gorges de la Sioule.