Au cœur de l’Auvergne, loin des sentiers battus et des sommets emblématiques, se nichent les Combrailles, une terre de mystères et de beauté sauvage. C’est ici, dans les profondeurs sculptées par la Sioule, que Mathieu Cournil a trouvé son ancrage. Accompagnateur en montagne breveté d’État, il arpente ces paysages depuis plus de quinze ans, guidant les curieux et les passionnés à la découverte d’une faune et d’une flore insoupçonnées. Mathieu, 43 ans, est une figure locale, un homme dont la passion pour la nature est palpable à chaque mot. Installé à Saint-Priest-des-Champs, il est le fondateur de l’association Sioule Guides Nature et un spécialiste reconnu de la faune locale, allant des mammifères aux rapaces et amphibiens. Nous l’avons rencontré pour explorer avec lui les secrets des gorges de la Sioule et comprendre ce qui rend ce territoire si précieux à ses yeux.

Q : Mathieu, vous êtes accompagnateur dans les Combrailles depuis 15 ans. Comment devient-on guide-nature dans ce territoire méconnu ?

R : Mon parcours est, je crois, assez atypique. Je n’étais pas destiné à devenir accompagnateur en montagne, ni même à m’installer en Auvergne. À l’origine, j’ai une formation en écologie et en gestion des espaces naturels, mais je travaillais plutôt sur des projets de sensibilisation environnementale en milieu urbain. Le déclic s’est produit un peu par hasard. Lors d’un été, j’ai décidé de prendre le large et de parcourir une partie du GR441, le tour des Combrailles. Je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait. Et là, j’ai découvert les gorges de la Sioule. Ce fut un véritable coup de foudre. La puissance de la rivière, la verticalité des falaises, le silence assourdissant, la richesse de la biodiversité… tout m’a happé. Je me suis dit : “C’est ici que je veux être, c’est ici que je veux partager.”

Après cette révélation, j’ai tout mis en œuvre pour me former. J’ai intégré le CREPS Auvergne pour obtenir mon brevet d’État d’accompagnateur en montagne. Le choix de l’Auvergne n’était pas anodin ; je voulais me spécialiser dans les milieux de moyenne montagne et les zones humides, des écosystèmes que je trouvais fascinants et souvent sous-estimés. En 2009, je me suis installé à Saint-Priest-des-Champs, un petit village qui offre un accès privilégié aux gorges. Le début a été un défi. Les Combrailles sont un territoire magnifique, mais encore peu structuré sur le plan touristique. J’ai dû créer ma propre voie, développer mes propres offres. C’est ce qui m’a poussé à fonder l’association Sioule Guides Nature en 2012, pour fédérer d’autres passionnés et proposer des sorties encadrées, respectueuses de l’environnement. L’idée était de faire découvrir la faune, la flore, l’histoire et la géologie des gorges de la Sioule et des Combrailles, tout en pr

Illustration omouvant un tourisme doux et durable. C’est une aventure humaine et naturelle qui dure depuis quinze ans et qui ne cesse de me passionner.

Q : Pourquoi les gorges de la Sioule restent-elles si peu connues, alors qu’elles sont spectaculaires ?

R : C’est une excellente question, et c’est aussi une des raisons pour lesquelles j’aime tant cet endroit. Il y a plusieurs facteurs qui expliquent cette discrétion des gorges de la Sioule. Premièrement, il y a une absence historique de marketing touristique massif. Contrairement à d’autres régions d’Auvergne, comme la Chaîne des Puys et ses volcans emblématiques qui bénéficient d’une forte médiatisation et d’infrastructures dédiées, les Combrailles ont toujours été plus en retrait. Ce n’est pas un mal, au contraire, cela a permis de préserver leur authenticité.

Deuxièmement, l’accès aux gorges peut être perçu comme difficile. Ici, pas de grands parkings à chaque point de vue, pas de télécabines pour monter au sommet. Pour vraiment explorer les gorges, il faut souvent laisser sa voiture et marcher. Les routes sont sinueuses, parfois étroites, et les principaux points d’intérêt ne sont pas toujours fléchés de manière ostentatoire. De plus, il n’y a pas de camping aménagé directement au fond des gorges, ce qui limite le tourisme de masse et les séjours prolongés pour une clientèle cherchant le confort immédiat. C’est un territoire qui se mérite, et cette difficulté d’accès est une sorte de filtre naturel qui écarte les visiteurs pressés.

Enfin, il y a la rivalité, si l’on peut dire, avec les volcans d’Auvergne. Le Puy de Dôme, le Sancy, sont des icônes nationales. Les gorges de la Sioule offrent un autre type de spectacle : une beauté plus intime, plus minérale, plus aquatique. Elles demandent une approche différente, une plus grande curiosité et un désir d’immersion. Mais c’est précisément ce qui les rend si précieuses à mes yeux. Cette relative méconnaissance est notre plus grande richesse. Elle garantit la préservation de la faune et de la flore, le maintien d’une quiétude rare et la possibilité pour ceux qui s’y aventurent de vivre une expérience authentique, loin des foules. C’est un écrin de nature sauvage qui résiste à l’uniformisation touristique, et c’est ce que nous nous efforçons de protéger avec Sioule Guides Nature.

Q : “Les gorges m’ont appris la patience” — que voulez-vous dire par là ?

R : Ah, la patience… C’est sans doute la leçon la plus précieuse que m’aient enseignée les gorges de la Sioule, et la nature en général. Quand on est guide-nature, on ne cherche pas seulement à montrer des paysages ; on cherche à faire comprendre un écosystème, à créer un lien avec le vivant. Et pour cela, il faut du temps.

Je me souviens d’une anecdote marquante avec la loutre. C’était il y a u

Illustration ne dizaine d’années, un matin d’hiver très froid. J’étais parti seul, avant l’aube, avec l’espoir de l’apercevoir. Je savais qu’elle était là, ses traces étaient partout sur les berges. Je me suis posté, immobile, en aval d’un coude de la Sioule, à un endroit où j’avais déjà eu des indices de son passage. Le vent était glacial, le givre piquait le visage. J’ai attendu. Une heure, deux heures, trois heures… Le doute s’installait, les doigts et les orteils commençaient à s’engourdir. Et puis, au bout de quatre heures, juste au moment où je pensais devoir abandonner, une petite tête est apparue à la surface de l’eau, puis le corps gracieux, glissant sans un bruit. Elle a traversé la rivière, a pêché, puis a disparu aussi vite qu’elle était apparue. Ce fut un instant magique, une récompense pour cette attente.

Cette expérience m’a fait comprendre la différence fondamentale entre le tourisme de masse et l’écotourisme que nous prônons. Le tourisme de masse cherche l’instantané, le “selfie” rapide, la liste de points d’intérêt à cocher. L’écotourisme, lui, invite à l’immersion, à l’observation profonde. Il demande de ralentir, de s’ouvrir aux détails, d’écouter les sons, de sentir les odeurs, d’apprendre à lire les signes de la nature. La patience est la clé pour accéder à cette dimension. C’est une philosophie, une manière d’être au monde. Je dis souvent à mes groupes : “Ce n’est pas nous qui décidons ce que la nature va nous montrer, c’est elle qui nous l’offre, si nous savons l’attendre.” Cela implique de ne pas forcer les choses, de ne pas déranger. C’est une forme d’éducation à la faune, mais aussi une éducation à soi-même, à l’humilité face à la complexité du vivant. Les gorges de la Sioule, avec leurs mystères et leurs trésors cachés, sont une école formidable pour cette patience.

Q : Parlons du viaduc des Fades. C’est quoi pour vous ce monument ?

R : Le viaduc des Fades, c’est bien plus qu’une simple structure de béton et d’acier ; c’est un véritable géant, un emblème des Combrailles et un témoignage monumental de l’ingéniosité humaine face à la puissance de la nature. Pour moi, c’est la rencontre spectaculaire entre le génie industriel du début du XXe siècle et la beauté sauvage des gorges de la Sioule. Sa construction, entre 1901 et 1909, fut un exploit technique incroyable pour l’époque. Il a été conçu par l’ingénieur Paul Bodin, un nom qui résonne avec d’autres ouvrages d’art majeurs. L’objectif était de relier Clermont-Ferrand à Montluçon via Riom, une ligne ferroviaire vitale pour désenclaver cette partie de l’Auvergne.

Les chiffres donnent le vertige : 123 mètres de hauteur pour ses piles, ce qui en faisait le viaduc le plus haut de France à l’époque, avant d’être détrôné par le viaduc de Garabit en 1935. Et une longueur impression


Pour explorer ces gorges par vous-même, consultez notre guide complet des gorges de la Sioule et notre sélection des meilleures randonnées des Combrailles. Pour découvrir d’autres paysages ruraux français, letempsdypenser.fr propose des articles sur le patrimoine rural de France.